Le répertoire russe et ukrainien est très bien servi en France, peut-être plus que jamais. Les grands orchestres programment régulièrement Tchaïkovski, Rachmaninov et Chostakovitch ; les théâtres lyriques montent Eugène Onéguine, Boris Godounov et parfois les Ballets russes reconstitués ; les festivals d'été vont du répertoire sacré orthodoxe au jazz manouche. Voici notre guide pour s'y retrouver.
Salles et orchestres parisiens
À Paris, la Philharmonie (Porte de Pantin) et son Orchestre de Paris inscrivent chaque saison plusieurs programmes russes — les symphonies de Chostakovitch, les concertos de Rachmaninov avec des solistes en tête d'affiche, les ballets de Tchaïkovski en version concert. L'Orchestre philharmonique de Radio France (Maison de la Radio) et l'Orchestre national de France couvrent le même répertoire avec un programme souvent plus audacieux (Prokofiev, Schnittke, Silvestrov).
Pour l'opéra russe, l'Opéra national de Paris (Bastille et Garnier) programme régulièrement Onéguine, La Dame de pique, Boris Godounov et Lady Macbeth de Mtsensk. Le Théâtre des Champs-Élysées — où s'est créé Le Sacre du printemps en 1913 — reprend régulièrement les œuvres créées par les Ballets russes. L'Opéra-Comique accueille des productions plus rares (Natalka Poltavka de Lyssenko y a été donnée en 2019 dans le cadre d'un festival ukrainien).
En région
L'Orchestre national de Lyon à l'Auditorium, l'Orchestre national du Capitole à Toulouse et l'Orchestre philharmonique de Strasbourg programment tous le grand répertoire russe. Le Grand Théâtre de Bordeaux, l'Opéra de Lyon et l'Opéra de Nice montent périodiquement des productions russes d'envergure. Les conservatoires régionaux donnent également de belles soirées chambristes et pianistiques où le répertoire russe est bien représenté.
Festivals
Plusieurs festivals français accueillent régulièrement la musique russe et ukrainienne :
- Festival de Saint-Denis (juin-juillet) : grandes œuvres chorales et symphoniques, dont régulièrement les Vêpres de Rachmaninov.
- Rencontres musicales de Vézelay (août) : polyphonies sacrées, dont le répertoire orthodoxe.
- Festival de La Roque-d'Anthéron (juillet-août) : piano, avec des programmes Rachmaninov, Scriabine, Prokofiev.
- Festival Django Reinhardt de Samois-sur-Seine (juin-juillet) : jazz manouche, tradition dans laquelle s'inscrit la guitare de Frédéric Belinsky et de ses contemporains.
- Festival d'Aix-en-Provence : opéra avec quelques productions russes marquantes ces dernières années.
- Festival d'Auvers-sur-Oise : musique de chambre, programmes russes fréquents.
Labels discographiques de référence
Pour constituer une discothèque russe, les labels suivants sont incontournables :
- Melodiya : label historique soviétique, fonds d'enregistrements irremplaçables (Richter, Oïstrakh, Rostropovitch, Kondrachine, Mravinski).
- Deutsche Grammophon : grandes intégrales modernes (Karajan, Gergiev, Trifonov pour Rachmaninov).
- Harmonia Mundi : très actif sur le chant orthodoxe et le répertoire baroque slave.
- Naxos : enregistrements abordables de Glinka, du Groupe des Cinq, et de compositeurs soviétiques moins connus.
- Hyperion : récitals de piano russes (Hamelin pour Scriabine).
- Chandos : cycles orchestraux très bien conçus (Rachmaninov complet par Polyanski).
Sources streaming fiables
Les plateformes généralistes (Spotify, Apple Music, Tidal, Qobuz, Deezer) proposent l'essentiel du répertoire — avec une qualité audio variable. Pour l'écoute classique exigeante, Qobuz (Hi-Res) et Primephonic-Apple Music Classical offrent une ergonomie pensée pour les mouvements, les compositeurs et les éditions critiques. IDAGIO, service spécialisé classique, est la référence pour qui veut naviguer par œuvre et par interprète plutôt que par album.
Les radios publiques proposent aussi d'excellentes ressources gratuites : France Musique (podcasts, concerts, émissions thématiques), BBC Radio 3 (archives de concerts), Radio Orpheus (radio russe classique en ligne) et Kultura FM (Radio Ukraine).
Ressources en ligne gratuites
- IMSLP (Petrucci) : bibliothèque mondiale de partitions libres de droit, dont l'intégralité du Groupe des Cinq, Tchaïkovski, Rachmaninov (œuvres d'avant 1922), Glinka.
- YouTube : concerts complets publiés par la Philharmonie de Berlin, l'Orchestre national de France, le Mariinski. Qualité variable mais ressources gratuites considérables.
- Archive.org : enregistrements historiques Melodiya dans le domaine public, y compris Rachmaninov au piano jouant son propre Deuxième Concerto.
- Medici.tv : concerts en direct et archives payantes, mais excellente qualité éditoriale.
Un conseil de la rédaction
Si vous commencez : écoutez trois versions de la même œuvre avant de forger un jugement. Le Deuxième Concerto de Rachmaninov sonne radicalement différent selon que vous entendez Rachmaninov lui-même en 1929 (enregistrement historique Victor), Richter en 1959 (Wiener Symphoniker), ou Trifonov en 2018 (DG). La musique russe est un monde ; chaque interprète y choisit un chemin — et ce sont ces écarts qui font vivre le répertoire.